De Gaulle a souvent parlé d’une détente, d’une entente, voire d’une coopération, qui s’étendrait, ainsi qu’il l’a dit le 14 juin 1963, dans l’ « Europe tout entière », « depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural ». Formule étrange, plutôt mystérieuse , jusqu’à ce que Jean Lacouture demande, en 1985, au diplomate Hervé Alphand de lui expliquer ce que de Gaulle entendait par là. Or il se trouve que cet ancien ambassadeur aux Etats-Unis, las d’être interrogé sans relâche à Washington sur ce sujet, avait posé la question au général de Gaulle en 1965.

De Gaulle lui avait répondu : « Pour que cette Europe soit possible, il faut de grands changements. D’abord que l’Union soviétique ne soit plus ce qu’elle est, mais la Russie. Ensuite que la Chine menace ses frontières orientales, donc la Sibérie. Et que peut-il advenir dans un certain nombre d’années ? La formule permet de montrer aux Russes que la création d’une union européenne occidentale n’est pas dirigée contre eux, n’est pas un acte de guerre froide ; elle entretient un certain espoir chez les Allemands de l’Est, les Tchèques, les Polonais, les Hongrois. Elle ne constitue cependant qu’une anticipation historique. »

Pas mal vue, l’anticipation. L’effondrement du bloc soviétique lui a donné corps. Depuis, l’Europe des vingt-sept doit tourner son regard vers le sud, car « l’avenir de l’Europe est au sud », a dit Nicolas Sarkozy le 23 octobre 2007 à Tanger. De Gaulle voyait dans « l’Atlantique à l’Oural » une manière pour le continent de redevenir l’ « élément principal de notre civilisation ». Sarkozy voit dans l’Union de la Méditerranée un « projet de civilisation », le « pivot de l’Eurafrique, ce grand rêve capable de soulever le monde. »

De « l’Atlantique à l’Oural » et de « Dunkerque à Tamanrasset », la boucle de ceinturon gaullienne est bouclée.

Sources : Le Monde ; Charles de Gaulle, André Passeron (éd.), De Gaulle parle, t. II, op. cit. ; Jean Lacouture, De Gaulle, t. III, op.cit.